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"L'autre moitié du soleil" de Chimamanda Ngozi Adichie


Comme beaucoup de personnes j’ai découvert Chimamanda Ngozi Adichie avec son best-seller Americanah (hé oui j’ai poussé un peu au-delà des lyrics de Beyoncé !), mais c’est L’autre moitié du soleil (Half of a Yellow Sun, traduit en 2008 chez Gallimard) qui m’a littéralement scotchée. Cette chronique sera un peu longue et je m’en excuse par avance (les règles de l’internet tout ça…), mais elle est à l’image de ce livre que je ne pouvais pas résumer en quelques lignes. C’est vraiment le meilleur livre que j’ai lu cette année !

L’autre moitié du soleil est une fiction à caractère historique comme j’aimerais en lire plus souvent (si vous avez des suggestions n’hésitez pas à m’en faire part).
L’histoire débute paisiblement à Lagos au début des années soixante et va se poursuivre sur plusieurs années, au moment où le Nigéria devient le théâtre d’un conflit civil sans précédent : la guerre du Biafra. Durant 3 ans, de 1967 à 1970 le pays se déchire. Tout commence avec la sécession de la région orientale qui sous la direction du colonel Ojukwu s’auto-proclame République du Biafra. En riposte, le gouvernement organise le blocus terrestre et maritime de la région, ce qui a pour effet de plonger ses habitants dans une famine qui fera des millions de morts.
Un demi soleil jaune, c’est l’emblème qu’ont choisi les troupes du colonel Ojukwu pour matérialiser et revendiquer politiquement ce territoire pour lequel ils se battent, au mépris des civiles qui payent de leur vie.
Pour donner la voix à ceux que l’on n’entend que trop rarement dans ces circonstances, Chimamanda Ngozi Adichie a choisi de nous raconter une histoire familiale.
Celle d’Olanna et Kainene, deux sœurs jumelles trentenaires issues de la bourgeoisie Nigériane. Nées « du même ventre » comme on dit en Afrique, tout oppose pourtant les deux femmes. Alors qu’Olanna est décrite comme une jolie femme, un brin idéaliste et discrète, Kainene l’androgyne est plus exubérante, individualiste et terriblement charismatique.
Les deux femmes vivent respectivement des histoires d’amour pour lesquelles elles vont devoir faire d’énormes compromis. Olanna est éprise d’Odenigbo, le prof intellectuel issu d’un milieu pauvre. Proche du peuple, il croit à un Nigéria libéré du joug des puissances étrangères (Ex-colonie britannique, le Nigeria a acquis son indépendance en 1960) et débarrassé des nantis corrompus qui le gouvernent. Bien qu’ayant grandi dans une famille qui illustre tout ce que son compagnon exècre, Olanna décide de le suivre au village où il enseigne et de tenter de construire avec lui une vie de famille.
De son côté Kainene débute une relation avec Richard un journaliste britannique fraîchement débarqué au Nigéria pour y trouver l’inspiration pour son prochain Roman. Une relation assez surprenante car Kainene n’a jamais caché son mépris pour les hommes blancs-et sans le sous.
Tout ce petit monde vit dans une relative insouciance (l’effervescence des lendemains d’indépendance) jusqu’à ce que le conflit éclate et fasse voler en éclat leurs rêves respectifs. Très rapidement leur plus grand défi devient la survie.
Cette plongée historique dans le Nigéria de ses parents est l’occasion pour l’auteure- s’exprimant par la voix d’Olanna-d’aborder plusieurs sujets de société dont certains sont intemporels.
J’ai trouvé particulièrement intéressante la manière dont l’auteure traite de :
La relation entre les sœurs jumelles, qui balaie le mythe de la fusion de sang. Il existe une rivalité silencieuse entre les deux femmes,  (entretenue de manière inconsciente par les parents dès la naissance) qui s’aiment mais ne se supportent pas, l’une enviant secrètement ce que l’autre a.
La satire de la bourgeoisie Nigériane, les nantis qui ont fait de grandes études à l’étranger dans le but de « sauver » leur pays mais qui une fois de retour, s’installent s’enrichissent et deviennent à leur tour et sans complexe les oppresseurs (les rouages de la corruption sont très bien expliqués).
La lumière qui est faite sur les traditions familiales qui perdurent dans les villages, notamment en ce qui concerne le couple, la place de la femme, la filiation et la mort.
La vie quotidienne en Afrique : comment les gens vivent, ce qu’ils mangent, comment ils aiment, à quoi ils rêvent…Avec ce fossé entre les différents milieux. L’auteure n’hésite pas à pointer du doigt ce qui ne va pas, mais elle est aussi une formidable ambassadrice de la dolce vita africaine !
L’auteure a cette manière habile de brosser un portrait de chacun de ses personnages, même ceux qui ne sont que secondaires, ce qui donne beaucoup de relief à l’histoire. Un peu à la manière d’un film (le livre a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2007, mais je n’ai pas voulu voir ce film car le casting me semblait complètement à côté de la plaque. Lisez le livre vous verrez !).
Enfin l’éclairage de l’auteure sur cette guerre, de l’intérieur (les conflits entre les différentes ethnies et comment le gouvernement en place a favorisé le tribalisme), mais également sur ses enjeux à l’international (Intervention de l’ONU, ingérence via l’aide humanitaire etc.), qui font de ce livre un témoignage précieux.
L’autre moitié du soleil, Chimamanda Ngozi Adichie, éditions Folio, disponible ici
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4 Commentaires

  • Mumu

    Merci encore pour ce billet. s Tes articles sont de vrais regals. Je vais me l’offrir pour noël.
    Bonne fête de fin d’année à toi

    16 décembre 2016 at 21 h 37 min Répondre
  • Nelya

    Complètement d’accord avec toi! Coup de coeur littéraire de 2016. Anericanah m’avait moyennement captive et je suis contente d’avoir persiste avec L’autre moitié du soleil. Un autre bouquin qui m’a beaucoup touché avec une trame historique et de très belles images en ce début d’année 2017 est La saison de l’ombre de Leonora Miano.

    19 mars 2017 at 19 h 35 min Répondre
  • Best of D. - Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

    […] >>>>>Du même auteure : « L’Autre Moitié du Soleil ». Lire ma chronique ici […]

    10 février 2018 at 18 h 04 min Répondre
  • « Chère Ijeawele », le manifeste pour une éducation féministe de Chimamanda Ngozi Adichie – Best of D

    […] littéraires (Relire mes revues des livres Americanah ici et L’Autre Moitié du soleil ici ) et de ses interventions médiatiques, une figure et une voix importante du féminisme en Afrique […]

    15 octobre 2018 at 17 h 21 min Répondre
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