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US, un film beaucoup plus engagé qu’il n’y paraît

 

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Hello Besties, on parle ciné aujourd’hui avec ma chronique de US le dernier film (terrifiant) de Jordan Peele. Le film est sur nos écrans depuis fin mars, et je vous le recommande vivement si vous êtes adeptes de thrillers horrifiques. Au casting de ce nouveau film : Lupita Nyong’o et Winston Duke (entre autres) en parents terrorisés par l’horreur qui s’abat sur la petite famille parfaite…Ou presque.

Avertissement : cette chronique contient des spoilers, donc je vous recommande de voir le film avant de la lire.

Deux après le désormais culte Get Out(Oscar du meilleur scénario), Jordan Peele revient hanter nos salles obscures (et nos consciences ) avec un horror movie dans la digne lignée des meilleurs classiques du genre.

L’histoire : Adélaïde, son mari et ses deux enfants décident de passer l’été dans leur maison secondaire sur la côte californienne. Adélaïde connait bien les lieux puisqu’elle y a passé toute son enfance. Au programme : farniente sur la plage en compagnie d’un couple d’amis et de leurs enfants. Cette première journée semble se dérouler relativement bien (hormis quelques petites choses un peu étranges…), jusqu’à la tombée de la nuit. La ville devient alors le théâtre d’une série de meurtres perpétrés par des sortes de clones de chaque habitant…

Mon avis

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Le contexte

US s’inscrit dans cette nouvelle vague de cinéma qui met à l’honneur des protagonistes noir-e-s, sans que leur couleur de peau ou leur origine ethnique ne soit le sujet de scénario. En « clair », on normalise enfin la présence des noirs au cinéma. Et surtout on ne se contente plus de leur donner des (seconds) rôles stéréotypés (dealeur, pauvre, prostitué, prisonnier etc.) ou de faire valoir d’un personnage blanc (white savior).

Ce phénomène reste minime en ce qui concerne les grosses productions, et le fait de réalisateurs eux même « issus de la diversité » comme Jordan Peele, mais c’est assez novateur pour être souligné. Cette démarche permet en outre aux actrices et acteurs noirs de sortir du genre « black movies » ou « brotherhood », qui semblait leur être jusqu’à très récemment assigné . Jordan Peele, nous avait déjà prouvé (brillamment) avec Get Out, que le cinéma d’horreur n’était pas réservé aux blancs. Avec US, il confirme l’essai.

Pour toutes ces raisons et parce que je suis une fan du cinéma d’horreur (et que j’en ai assez des nanards comme La nonne que l’on nous sert depuis quelques années), j’attendais US avec impatience. Je n’ai pas été déçue !

US n’est pas un film d’horreur classique, c’est du cinéma d’auteur, avec une manière de filmer, un peu arty, des plans spécifiques (je ne suis pas une spécialiste mais je vois la différence), une musique particulièrement bien choisie et des choix narratifs qui peuvent en laisser plusieurs à la porte.

Au risque de passer pour une prétentieuse, pour moi US n’est pas un film grand public (j’en profite, pour dire à celles et ceux qui vont voir ces films pour pouffer de rire à chaque bruit sourd…Ne revenez-plus !).

Les nombreuses références à certains classiques du genre, « home invasion » ( films dans lesquels un ou plusieurs individus pénètrent dans une maison pour faire du mal aux personnes qui y vivent) tels que Funny Games, Strangers ou encore Shinning, permettent de comprendre dès la première demi-heure du film où l’on met les pieds. Et surtout si l’on est un minimum coutumier du genre, on sait que tout ne sera pas si simple que ça. Qu’il faudra mériter des réponses…

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Mais meritons-nous vraiment de savoir pourquoi est-ce que ces gens sont si méchants ?

C’est la question qui ouvre le formidable volet social de US. A ce sujet, je regrette  que beaucoup de commentateurs français soient passés à côte, le comparant un peu trop vite à Get Out et sa satire sociale de l’Amérique raciste qui s’ignore. Ok il n’est pas question de racisme dans US, mais faut-il pour autant purger le film de toute dimension sociale et politique ?

C’est mal connaître les auteurs de cette vague d’horror movies engagés. Comme Alexandre Aja et son film La Coline a des yeux, Jordan Peele interroge l’Amérique des privilégiés-qui parfois s’ignorent-d’où qu’ils viennent. Où étions nous, que faisions nous lorsque nos congénères étaient sacrifiés sur l’autel de l’experimentation non contrôlée sous couvert de progrès scientifique ?

Au début du film l’aînée du couple Wilson, nous en donne une illustration en déclarant que le gouvernement américain mettrait un produit chimique dans l’eau des rivières pour contrôler l’esprit des citoyens. Aucun membre de la famille(et encore moins les parents) ne réagit, préférant revenir à des conversations plus futiles.

Comment ne pas penser au scandale de l’eau contaminée à Flint aux USA, où les habitants souffrent et se battent depuis des années dans l’indifférence générale ?

D’autres symboles font référence à une critique sociale bien présente, comme le tee-shirt que porte le garçon de la famille Wilson, dont le logo évoque une grande opération humanitaire qui avait été menée dans tout le pays pour venir en aide aux plus pauvres. Il s’agissait d’individus se donnant la main pour former une grande chaîne de solidarité. Malgré l’engouement, les bénéfices de cette opération auraient été en partie détournés et l’opération abandonnée. Comme ceux d’en bas-les doubles maléfiques-qui pour aussi monstrueux qu’ils soient, n’en sont pas moins américains. D’ailleurs lorsque Adélaïde se retrouve face à Red son double maléfique, la première question qu’elle lui pose est de savoir qui ils sont. Red lui assène alors un laconique : « nous sommes américains ». On peut ainsi voir dans le titre US, un double sens, traduction de « nous », mais aussi acronyme de United States.

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Le double sens c’est d’ailleurs toute la dialectique du film et les adeptes des signes (Un clin d’œil à M. Night Shyamalan passé maître dans l’art), peuvent s’en donner à cœur joie.

C’est dans ce sens que je dis que c’est un film qui se mérite. Beaucoup de cinéphiles ont regretté le « twist » final qui n’était selon eux pas assez libératoire. Mais la vérité c’est qu’il n’y a jamais eu de Twist… Tout était là sous nos yeux, si l’on voulait bien se donner la peine de voir…Mais savons-nous encore regarder les autres ? Lever les yeux de nos écrans de mobile pour regarder autour de nous ?

On peut se demander comment la presque mutique Adelaïde a pu s’intégrer aussi facilement au monde, sans que personne ne réalise qu’elle mimait plus qu’elle ne vivait…Peut-être parce que nous sommes dans un rapport aux autres purement égoïste. Tant qu’ils comblent nos besoins d’appartenance sociale (entre autre), alors on se contente de ce qu’ils ou elles nous donnent à paraître. D’ailleurs au moment où Adélaïde tente de confier à son mari son terrible secret, ce dernier ne lui accorde pas plus d’attention que sa mine terrorisée aurait sans doute mérité.

Je passe rapidement sur la mention du double standard : aux Etats-Unis les citoyens blancs peuvent faire confiance à la police pour les proteger alors que les noirs eux sont obligés de s’en méfier, lorsqu’elle ne les tue pas simplement.

En plein débat sur les violences policières et le boom du mouvement de résistance « Black Lives Matter », Jordan Peele en remet une couche en inversant les rôles afin que l’on puisse se rendre compte de l’injustice de ne pas pouvoir compter sur le soutien des forces de l’ordre lorsque nous en avons besoin.

Adelaïde parvient à joindre la police très facilement et obtient une promesse d’intervention raisonnable en temps. Ce qui n’est pas le cas de leur couple d’amis blancs, dont l’épouse ne parvient pas à joindre la police, faisant confiance à un appareil à reconnaissance vocale qui en réaction au mot « police », balance plutôt le Fuck the Police du groupe de rap NWA. Les privilégiés victime de leur possession matérielles, celles qui leur confèrent un statut social si spécial…Quelle ironie.

Le titre Fuck the Police sortit en 1988 et denoncait la brutalité policière et le profilage racial dont sont victimes encore aujourd’hui les populations non blanches aux Etats-Unis et en particuliers les noirs. Cette chanson deviendra d’ailleurs l’emblême des émeutes de 1992, provoquées par l’acquitement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King. Vous pensez-encore que US n’est qu’un divertissement ?

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur l’aspect engagé de US (les doubles maléfiques habillés en combinaisons qui rappellent la tenue des prisonniers américains et j’en passe…) que cette chronique deviendrait une thèse, si je devais poursuivre !

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Au-delà, US est un film bien joué ! Et ce n’était pas gagné, car nous ne sommes pas dans le registre classique de l’horreur avec des ombres, des apparitions, des cris (ce qui a pu décevoir certains spectateurs qui sont restés sur leur faim car ils ou elles n’ont pas eu assez peur). Lupita Nyong’o qui porte littéralement le film sur ses épaules balaie pourtant tout le registre des émotions, avec une vraie intensité de jeu dans les deux rôles qu’elle campe. Dès le début du film j’ai trouvé son anxiété et son quasi mutisme angoissant (on comprendra très vite pourquoi), mais alors en Red elle m’a carrément fait flipper ! Je n’aurais jamais pensé que Lupita Nyong’o puisse un jour me faire peur. Si elle n’est pas nominée aux prochains Oscars je ne sais pas ce qu’il faut à l’Academie. Les enfants du couple jouent également très bien. En revanche j’ai trouvé Winston Duke un peu en dessous. Mais au fond cela ne m’a pas dérangé et je salue le fait que pour une fois ce n’est pas le « bon père de famille », costaud, qui sauve son petit monde se contentant de dire à son épouse de se cacher derrière ses larges épaules, pendant qu’il castagne les méchants. Au contraire sans la badasserie d’Adélaïde je crois que la famille Wilson ne s’en serait pas sortie à si bon compte ! Hé oui, c’est le renouveau du cinéma je vous dis, une nouvelle ère s’ouvre à nous : des noir-e-s en tête d’affiche, qui ne meurent pas en premier (voir même survivent) et une resistance emmenée par des femmes.

Quelle belle époque pour être en vie !

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Par

12 Commentaires

  • Marinette Daily

    Ton article vient de me donner envie de le voir. Merci Danielle 😊

    27 avril 2019 at 13 h 48 min Répondre
  • Fanny

    Wouah je n’ai pas vu le film mais je regrette déjà. J’ai littéralement avalé ton article. Super bien rédigé comme d’habitude. Tu m’as donné envie de voir le film. Merci Danielle.

    27 avril 2019 at 14 h 02 min Répondre
    • Danielle

      Merci, j’espère que tu passera un bon moment 🙂

      2 mai 2019 at 7 h 21 min Répondre
  • Aymone Foé

    WoW une thèse s’impose en effet! Je n’ai pas encore vu le film mais lu des critiques et vu d vidéos des acteurs qui en parlent. Lupita qui fait peur? Faudrait que j’aille voir ça!
    Merci, tu n’as pas tellement spoiler😉

    27 avril 2019 at 17 h 34 min Répondre
    • Danielle

      Ah oui il ne faut pas rater ça 🙂

      2 mai 2019 at 7 h 20 min Répondre
  • Fatou

    Coucou Danielle, merci pour ce super article, je n’ai pas encore vu le film et je ne me suis pas sentie spoilé. Je vais m’empresser d’aller le voir!!!
    A quand les podcasts, j’ai vraiment aimé ton analyse. Bisous Fatou

    27 avril 2019 at 23 h 47 min Répondre
  • Laysi

    J’ai adoré ton approche Danielle. Merci de nous surprendre encre et encore. Tu m’as donné envie d’aller voir le film.

    29 avril 2019 at 12 h 10 min Répondre
    • Danielle

      Avec plaisir, j’espère que le film te plaira 🙂

      2 mai 2019 at 7 h 20 min Répondre
  • Marie

    Bonjour Danielle ! J’ai vu le film et en effet je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il ne soit pas à la portée de tout le monde. Ce film pousse vraiment à la réflexion. Tes analyses sont pertinentes et m’ont même donner envie de le revoir. Merci à toi.

    5 mai 2019 at 16 h 04 min Répondre
  • Tchamantche

    Quel article Danielle ! Je n’ai pas vu US car je n’aime pas les films d’horreur (j’en rêve pendant des mois haha) mais j’aurai aimé voir celui-ci. J’ai dévoré ton article et ai encore plus envie de le voir à présent. Super chronique, très informative !

    12 mai 2019 at 16 h 38 min Répondre
  • Clarissa

    Je ne l’ai pas encore vu ! Je ne suis pas trop fan de film d’horreur, mais j’adore Lupita Nyong’o et rien que pour ça, je pourrais le regarder. En lisant ton article, je trouve qu’il a l’air pas mal d’ailleurs !

    23 mai 2019 at 18 h 04 min Répondre
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