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"Tu vas être une grande sœur" : accueillir ses émotions avec bienveillance.


Nous allons avoir un autre enfant et bientôt notre fille sera grande sœur. Elle sera désormais et pour toujours considérée comme “la grande ” de la famille. Pourtant elle n’est encore elle même qu’un bébé. Pas tout à fait me dirons  certains, mais à tout juste trois ans et demi si elle commence à gagner en autonomie, elle est encore suffisamment dépendante de nous pour que nous ne la considérions pas encore comme “une grande”. Au fond elle sera toujours notre bébé et certains jours où je la guette du coin de l’œil je la revois encore agrippée  à mon sein.

C’est une petite fille très vive avec qui nous avons pris l’habitude d’échanger. Elle a parlé tôt et sa diction s’est très vite précisée. Elle a également voulu manger toute seule, s’habiller toute seule, monter nos cinq étages toute seule et faire ses puzzles toute seule assez tôt. Une enfant qui a eu rapidement soif d’autonomie. Cette dernière que nous adultes qualifions souvent à tort d’indépendance ne se substitue pas à ses besoins affectifs qui eux seront constants, toute sa vie durant. Aussi indépendants que nous soyons, nous avons tous besoin d’amour et d’affection. Nous avons besoin pour nous construire de manière optimale, d’attention et de tendresse. Nous avons besoin d’être écoutés, considérés, valorisés, encouragés…Et la liste est aussi longue que notre être complexe. Chaque être humain est composé de chair et d’os, mais possède également ce que les spécialistes de la petite enfance comme Isabelle Filiozat appellent un “réservoir affectif”. Ce réservoir nous le remplissons de toutes les attentions citées plus haut. Lorsqu’il est plein on se sent pousser des ailes dans tous les domaines. On a confiance en soi et en la vie +++++; et lorsqu’ il se vide on est  en quelque sortes plus vulnérables aux épreuves de la vie. L’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur peut constituer pour un enfant une véritable tempête émotionnelle où la joie et l’excitation se mêlent à l’angoisse et à des sentiments d’abandon et de trahison.

Mises au service de l’enfance les neurosciences cognitives ont révélé que le cerveau des tout-petits arrivait à maturité vers l’âge de 6 ans. Avant cet âge, nous avons à faire à des petits êtres extrêmement vulnérables sur le plan affectif qui ne sont pas en mesure de faire la part des choses aussi facilement que nous autres adultes.

Bientôt elle ne sera plus seule. Elle va devoir partager cet amour exclusif et inconditionnel qui alimente quotidiennement son réservoir affectif.

Ainsi va la vie, nous devons sans cesse nous adapter à de nouvelles situations que l’on a pas choisi. Ce n’est qu’un début pour elle. Mais nous sommes là pour accompagner ses émotions.

Lorsque j’ai découvert le résultat positif de mon test de grossesse j’ai attendu la fin du dîner pour annoncer à mes deux amours que notre famille allait s’agrandir. Certains préfèrent attendre plusieurs mois avant de l’annoncer aux enfants; histoire d’être “sûrs”…Mais pour des raisons que j’invoquais déjà dans ce billet, j’estime que l’on peut déroger à cette tradition. A vrai dire et sans doute pour la première fois depuis que je suis maman je peux affirmer que j’ai agi par instinct (je vous reparlerai de mon rapport à “l’instinct maternel”). J’ai considéré, sans concertation avec le barbu que je pouvais inclure Maya dans la “confidence”.

Je ne m’attendais pas à une explosion de joie de se part. A vrai dire je n’attendait aucune expression particulière de sa part. Je l’ai juste annoncé et j’ai observé. Elle n’a pas réagi. Je savais qu’elle avait entendu, je lui laissais le temps d’intégrer cette nouvelle sans lui poser plus de questions.

Les jours ont passé et nous avons poursuivi notre vie comme à l’ordinaire. Enfin le pensais-je. ..

Cela faisait déjà plus d’un mois que ce petit être s’était niché au creux de mon ventre sans que je soupçonne quoi que ce soit. Et pourtant elle savait ; je l’ai réalisé après coup : ses sautes d’humeur fréquents (plus qu’à l’ordinaire en tout cas); son angoisse exprimée en hectolitres de larmes au moment de me quitter (pour passer la journée chez sa nounou ou à l’issue d’une seule nuit chez mamie; son attachement farouche à sa couche alors que nous tentions avec succès le passage au pot; son manque d’appétit; la désertion de son lit pour dormir dans mes bras tous les jours; sa sensibilité exacerbée…Et un certain nombre de petits signes qui m’ont conduit à me demander ce qui n’allait pas dans la vie de ma fille.

Je ne vous cache pas que j’ai flippé. Je me suis demandée comment ma fille était passée de la joie de vivre incarnée à ce petit être extrêmement susceptible,  agressif parfois et bougonne. J’ai alors mené ma petite enquête interne afin d’isoler une cause quelconque expliquant ce changement de comportement. J’ai fait en sorte de ne plus l’envoyer chez Mamie. J’ai interrogé la nounou et pris sur moi de la garder certains jours où de réduire ses heures de garde en allant la chercher plus tôt ou en la déposant plus tard. Nous avons prêté une oreille plus attentive à ce qui se tramait dans son petit cœur au moment des conflits. Nous avons cédé sur tout ce qui pouvait être négociable sans compromettre son équilibre et son bien être sur le long terme (“non pas deux glaces dans la journée chérie. ” et “Non pas de Reine des neiges avant d’aller au lit”. “OK pour un second tour de manège.”, “dispense de rangement accordée pour l’heure”….).

Les premiers symptômes de la grossesse ont rapidement pris possession de mon corps et de manière assez impressionnante. Maya m’a questionné sur les raisons de mon état et mes ruées fréquentes et bruyantes aux toilettes. Je lui ai expliqué que c’était le bébé qui se développait et que cela me rendait malade. Cela a semblé la rassurer mais elle n’a plus voulu me quitter. Un jour de gros chagrin en la laissant chez la nounou elle a confessé à cette dernière que sa maman allait très mal et qu’elle avait très peur pour moi. Peur que je la quitte. Enfin la verbalisation tant espérée ! Dès notre retour à la maison j’ai alors pris soin de travailler sur cette angoisse de séparation (en mettant le barbu au courant et à contribution bien entendu).

En pratique :

-Parler +++ : des mots doux, des mots pour rassurer, des mots pour encourager, des mots pour dédramatiser et pour cajoler. Bref on fait déborder le réservoir affectif sans crainte d’en faire trop. C’est toujours bon d’avoir du stock de ces choses là.

-Du temps ++++: on lève le pied sur le boulot chaque fois que c’est possible. On lit 3 histoires avant de dodo. On ferme le journal, le smartphone et la tablette. On zappe la famille et les amis pour offrir à notre enfant du temps exclusif et de qualité. Notre voyage à Londres à largement contribué à ce que Maya retrouve sa joie de vivre. J’étais très mal en point et à vrai dire si nous n’avions pas tout réservé un mois à l’avance je ne sais pas si j’aurais eu la force…Mais j’ai pris sur moi et nous avons en fin de compte passé un très chouette séjour.

-Écouter. Une chose que l’on oublie trop souvent de faire nous autres adultes et encore moins lorsque nos enfants s’expriment. Nous avons décidé d’écouter ce que Maya avait à nous dire sur cette nouvelle d’une arrivée prochaine d’un bébé au sein de son foyer. Et là nous avons découvert qu’elle avait développé une grossesse imaginaire parallèle à la mienne. C’est la nounou qui m’a d’abord annoncé qu’elle avait dit à tout le voisinage qu’elle attendait un bébé, comme sa maman. Plutôt que d’essayer de la raisonner nous en avons rigolé de bon cœur. De temps à autre elle fait référence à son bébé qui lui ferait tantôt mal au ventre car il est lourd ou qui prendrait trop de place. A d’autres moments nous sommes invités à l’écouter à travers son ventre.  Nous jouons le jeu avec entrain et cela semble lui faire plaisir. Sans doute une manière pour elle de garder le contrôle des choses. J’en ai parlé à une psychologue que j’ai eu l’occasion de rencontrer et qui m’a rassuré et encouragé dans cette attitude complice de notre part. Selon cette dernière, le moment venu elle saura faire la dissociation et inscrire cette réalité dans son quotidien. Je lui fais confiance.

-Ne pas marteler : C’est une situation imposée. Comme je le disais plus haut, laissons leur le temps de digérer et d’intégrer la nouvelle. Nous évitons donc de la solliciter à longueur de journée avec des : “Oh mais tu sais tu vas être grande sœur”, “tu as hâte ?”, “tu veux toucher mon ventre ?”, “tu voudrais un petit frère ou une petite sœur ?”, “Quand bébé sera là. ..”. N’hésitez pas à mettre vos proches au parfum ou à abréger les conversations de ce type lorsqu’elles semblent s’éterniser. Savoir tenir compte des émotions de l’autre ce n’est pas lui mentir ou lui cacher des choses, mais nécessite de le ménager lorsque l’on est porteur d’une telle nouvelle qui pourrait le bouleverser. Cette exigence est naturellement renforcée s’agissant d’un tout petit (vous savez le cerveau immature, tout ça ).

Bon on peut quand même faire péter le Champomy ou pas ?

Plus haut je vous disais que mon instinct m’avais poussé à annoncer l’arrivée future de bébé dès mon test de grossesse. Je suis persuadée qu’une enfant de trois ans et en mesure de comprendre et gérer énormément de choses si on lui laisse le temps et l’espace nécessaires.  Dès lors il est tout à fait possible que l’arrivée de bébé occupe une place raisonnable dans le quotidien de la maison. On en parle avec les amis et la famille quand on se voit, mais pas pendant 2h. On s’en parle également dans le couple sans murmurer mais de manière modérée. Maya aussi a des choses à nous raconter de sa journée et elles sont plus importantes que nos spéculations sur le futur membre de notre famille.

Après quelques semaines de ce “traitement ” le comportement de Maya a changé du tout au tout ! Nous avons retrouvé notre petite fille enjouée et insouciante. En 10 jours au mois de juin elle a cessé de porter des couches le jour et la nuit, sans passage par la case pot. Elle réclame de nouveau d’aller faire 5 dodos chez sa mamie et nous a même suggéré des idées de prénoms originaux (ceux des chats de nos amis).

Une fois de plus j’ai trouvé dans les principes de la bienveillance éducative les clés pour avancer sereinement, sans traumatisme et sans heurts avec notre fille. Je ne vous cache pas qu’il nous a parfois fallu puiser au plus profond de nous même pour réussir à gérer certains jours, mais désormais tout va bien !

Avec son entrée à l’école dans quelques jours, je ne vous cache pas que c’était un véritable enjeu pour moi. Rien n’est figé et nous n’avons pas fini d’affronter les changements, mais je n’angoisse plus.

Je vous laisse avec quelques ressources qui m’ont aidé et qui pourraient vous être utiles si vous le souhaitez :

♦”L’éveil de votre enfant-Le tout petit au quotidien” Chantal de Truchis

♦”J’ai tout essayé !-Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans” Isabelle Filliozat

♦”Elle est où maman ?-se séparer sans larmes entre 6 mois et 6 ans” Elizabeth Pantley

♦”Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent” Adele Faber et Elaine Mazlish

J’ai délibérément choisi de ne pas lui proposer de livres pour enfants sur le sujet car cela revenait pour moi à “marteler”. Néanmoins, une fois qu’elle a commencé à exprimé de la curiosité et un intérêt grandissant pour ma grossesse (le fait d’avoir assisté à l’échographie morphologique-faute de moyen de garde- y est pour beaucoup), j’ai décidé de lui faire découvrir le livre “Dans ton petit monde” d’Emilie Soleil, qui retrace de manière très poétique les 9 mois de grossesse. Ce fut l’occasion pour nous d ‘aborder ensemble sa propre naissance, tout en lui permettant d’appréhender un peu mieux mon état.

Je serais curieuse de savoir comment vos enfants ont vécu l’arrivée des suivants et comment vous avez géré ça. Racontez – moi 🙂

 

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11 Commentaires

  • Thery

    Je pense que j’aurai beaucoup aimée lire ton post pendant ma grossesse.
    J’ai été aussi spontanée que toi lorsqu’ont a annoncés l’arrivée de notre poupette à notre fils qui avait à l’époque 4 ans et il avait été très content , il faut dire qu’il était déjà scolarisé et dans sa classe il y avait déjà des grands frères et grandes soeurs (ça aide beaucoup à comprendre je pense ) du coup il a suivi cette grossesse je dirai du début à la fin il avait vraiment hâte, je dirai même qu’à la fin il en devenait impatient. Lorsqu elle est née j’ai redecouvert mon fils il avait grandit d’un coup il était si protecteur par rapport à sa soeur .. à moi .. c’était vraiment impressionnant à son âge et inconsciemment j’ai considéré qu’il avait grandit et avec l’arrivée de bébé et quelques soucis de santé je l’ai sans le vouloir un peu délaissé .. de là s’en est suivi à peu près le même comportement qu’a eu ta fille , il était devenu un peu plus anxieux. . C’était des crises de nerfs même par moment , beaucoup de caprices, un peu de jalousie(par rapport à sa soeur),etc.
    C’était, j’imagine sa façon de nous dire “mine de rien ce changement m’inquiète un peu” mais ça n’a pas duré très longtemps, nous avions beaucoup privilégié le fait de l’inclure dans toutes les petits soins donné sa soeur afin qu’il se sente vraiment inclus de la même façon que nous ou presque .. et cela s’est très bien passé 🙂
    En tout cas très beau post j’ai appréciée te lire, et je pense vraiment que le fait que tu ai parlé du bébé aussi tôt à Maya, l’aidera beaucoup à appréhender son arrivée.

    29 août 2016 at 11 h 26 min Répondre
    • D.

      Merci pour ton témoignage Thery ! C’est aussi pour cela que j’écris, pour relater et partager mon expérience en espérant que d’autres mamans puissent s’en inspirer. Plusieurs personnes de mon entourage ont vecu ces moments difficiles pour tout le monde et lorsque cela nous tombe dessus (en plus du quotidien), il n’est pas toujours aisé de trouver les bons mots, le temps ou la bonne méthode. Si ces quelques lignes peuvent aider…Là je vois clairement la différence, dans le temps. Elle questionne de plus en plus, montre des premiers signes d’impatience…C’est hyper attendrissant. Je ne sais pas comment cela va se passer par la suite, mais je suis confiante.

      3 septembre 2016 at 18 h 56 min Répondre
  • Anais Penelope

    C’est fou comme tu respire la bienveillance Danielle ! <3

    29 août 2016 at 11 h 28 min Répondre
    • D.

      Merci du fond du cœur Anaïs <3

      3 septembre 2016 at 18 h 51 min Répondre
  • Olaïtan

    Merci pour ce partage!

    29 août 2016 at 14 h 51 min Répondre
    • D.

      Je t’en prie ! Tout le plaisir est pour moi <3

      3 septembre 2016 at 18 h 51 min Répondre
  • Luna

    Bon avant tout :
    Mon Dieu son petit visage à croquer et à bisouter <3!!
    Maintenant que ça c'est fait hihih, super poste ! Je serai dans le même timing que le tien (enfant rentrant à l'école) pour le 2éme, dans longtemps mais en même temps pas longtemps, justement pour que Doufy puisse "comprendre" ce qui se passe.
    Effectivement les gens n'assimilent pas les nourrissons comme des êtres à part entière, ce sont justes "des enfants" et pourtant ils ont eux aussi des attentes, des demandes, des besoins et surtout des sentiments.

    20 septembre 2016 at 14 h 11 min Répondre
  • M.

    Je viens de tomber sur ton post en scellant ton blog qui a été conseillé par @badassmaman dans ma tl Twitter
    Je suis pas encore mère et j’ai du temps devant moi avant de l’être mais je voulais te laisser ce commentaire pour te remercier pour ton partage et les conseils lectures c’est quelque chose qui l’intéressé beaucoup donc merci vraiment

    27 mars 2018 at 15 h 55 min Répondre
    • D.

      Merci pour ton commentaire et tes encouragements !

      30 mars 2018 at 16 h 54 min Répondre
  • Best of D. - Du temps pour chacune d’entre d’elles

    […] enceinte et c’était d’ailleurs une véritable crainte comme je vous le confiais dans ce billet. Nina est parmi nous depuis 16 mois et je dois dire que tout va bien. Maya l’a accueilli avec […]

    25 avril 2018 at 23 h 43 min Répondre
  • danie

    Comment te dire que j’ai adoré lire ce post Maya est tellement mignonne et continue de l’être en voyant tes posts sur Insta. Moi je suis enceinte de bientot 6mois et ma fille a 13 mois seulement (j’enchaine seulement lol :-)). Je pense qu’elle comprend ce qui se passe autour d’elle biensur comme un bébé qu’elle est mais j’essaye de lui parler, de lui montrer surtout avec mon ventre qui grossit. Nos situations sont différentes mais je pense que c’est bien qu’elle sache même si elle ne s’en rend pas bien compte. Après pour la gestion des 2 on le fera au feeling en voyant les réactions de la grande mais je suis confiante la dessus.
    En tout cas merci pour ton partage et tes astuces

    3 novembre 2018 at 11 h 16 min Répondre
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