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Ma fille est à l’école publique et tout se passe très bien, merci

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“L’école du quartier c’est la catastrophe. Les enfants crachent par terre. Quand on passe devant, on les entend se traiter de « putes » et de « pédés ». Alors, je ne dis pas que dans leur école privée personne ne dit « putain ». Mais ils le disent différemment, vous ne croyez pas ? Au moins, ils savent qu’ils ne doivent le dire qu’entre eux. Ils savent que c’est mal » Leïla Slimani, Chanson Douce

Ces lignes résument à elles seules les a priori que nourrissent de nombreuses personnes à l’égard de l’école de quartier ou école publique. La vérité c’est que l’on parle très souvent des difficultés, du manque de moyens, du manque d’investissement des profs, de la mauvaise volonté des parents…Et plus rarement des choses positives, parce que oui il y en a. Il y a même des écoles exemplaires en la matière qui n’ont rien à envier aux écoles privées. C’est le cas de notre petite école de quartier.

Je ne compte pas le nombre de fois où l’on m’a demandé si ma fille était dans le privé, lorsque je faisais état du rapport très positif qu’elle entretien avec l’école et de mon soulagement de maman un brin anxieuse.

Les membres de cette équipe ne liront certainement pas ce billet, mais je l’écris comme une bouteille à la mer, à destination de décisionnaires ou de toute personne pouvant être force de proposition au sein d’un établissement d’enseignement scolaire quel qu’il soit (parce que même dans le privé ça ne se passe pas toujours aussi bien qu’on le pense).

Je discute très régulièrement avec des parents d’élèves, ceux de l’école maternelle de ma fille, ceux de l’élémentaire et plus généralement ceux de mon entourage. Et chose que de nombreux adultes font rarement, j’interroge également les enfants.

Je suis toujours curieuse de savoir quelles sont les attentes de parents, leur rapport avec l’encadrement… Du côté des enfants c’est leur quotidien à l’école qui m’intéresse, l’organisation de leur journée, la qualité des contacts qu’ils ont avec les adultes : les profs, mais aussi les Atsem, le personnel de cantine et celui du centre de loisir. Je fais  cela depuis un peu plus de deux à présent, soit avant même que ma fille ne rentre à l’école. Au départ je souhaitais me rassurer sur cette étape et la manière dont on aborde ce changement radical de mode d’encadrement des petits.  Aparté : contrairement aux idées reçues, la crèche ne prépare pas plus à l’école qu’un mode de garde individuel. D’ailleurs certains profs de maternelle ne manquent de faire remarquer aux parents que l’école n’est pas la crèche. Généralement  et malheureusement pour justifier une certaine rigueur dans l’encadrement… A trois ans on demande aux petits d’être complètement autonomes : ils doivent être « propres », se tenir droits, en rang, écouter, se concentrer, réagir et interagir, être « gentil », faire la sieste à une heure imposée…Et tout un tas d’autres injonctions qui peuvent s’averer brutales, voir traumatisantes pour certains enfants. C’est souvent là que commence la phobie scolaire, une maladie encore malheureusement peu (re)connue et acceptée.

Pour en revenir au sujet de l’école de quartier et des craintes que nourrissent les parents à son égard, je ne vais blâmer personne. Nous souhaitons tous le meilleur pour nos enfants. Et c’est justement grâce à de nombreux échanges, que j’ai réalisé que certaines situations sont tout simplement intenables. Je parle notamment des écoles surpeuplées avec des classes à plus prêtes à exploser.  Celles où les profs sont constamment absents…Celles où ils doivent gérer des situations de grande violence, quotidiennement.

Lorsqu’une amie m’a dit que l’école maternelle de son fils était en plan violence, j’ai cru que j’avais mal entendu. Des faits si graves qu’il faille mettre en place un véritable dispositif pour y faire face et protéger des enfants contre eux-mêmes et les autres enfants. Lorsque cette réalité est celle d’un secteur entier, je comprends que l’on veuille soustraire son enfant à toute cette violence. J’en ferai de même.

Pour de nombreux parents, faire le choix du privé, c’est garantir à leur enfant un environnement sécurisant, avant même de parler de qualité de l’enseignement.

Je n’ai pas de solution miracle, mais je pense que l’on doit et que l’on peut réformer l’école. L’école de quartier de ma fille et sa formidable équipe pédagogique en est la preuve. Je ne suis pas parent élue, mais je questionne. J’interroge la directrice et les deux maîtresses de ma fille chaque fois que je le peux. Je m’intéresse à ce qui est mis en place. Je propose mon aide…Je côtise. Je n’ai accompagné aucune sortie scolaire faute de temps, mais en revanche je me suis portée volontaire pour réaliser toutes les photocopies de la classe.  C’est peu de chose, mais sur une année à raison de 24 élèves, ça aide.

Voici une nouvelle année scolaire qui s’achève pour la petite école de quartier de ma fille. Une année dans une classe de moyens-grands, au sein de laquelle elle a appris énormément sur elle-même mais aussi sur les autres. L’école a fait le choix d’acceuillir un enfant lourdement handicapé deux fois par semaine. Un enfant qui ne marche pas, mais entouré de bienveillance de la part de ses camarades. Ma fille m’a régulièrement interrogée sur les cultures du monde, suite à des exposés réalisés dans la classe. Elle m’a invitée à la demande de la maîtresse à venir leur faire un exposé sur le Cameroun. Elle et ses camarades ont aidé un petit garçon venu de Chine à comprendre les rudiments de la langue.

Ma fille de 5 ans a appris ce que voulais dire le vivre ensemble et ses enjeux sociaux. Plus d’une fois au square je l’ai entendue prononcer la phrase suivante : je te présente mes excuses. Et recevoir en réponse : « j’accepte tes excuses ». Une formule apprise à l’école.

Pour ce qui est de l’école stricto sensu, ma fille a débuté ses apprentissages à l’aide de plateaux Montessori, une pédagogie à laquelle adhère tous les profs, sous la houlette de la directrice qui se bat quotidiennement pour une école réellement bienveillante. L’équipe a travaillé durant plusieurs mois avec une illustratrice pour rendre plus humains et moins rigides les cahiers de suivi des enfants. Ces cahier destinés à consigner les acquis et les objectifs de l’enfant. L’equipe a d’ailleurs décidé que c’est l’enfant lui-même qui déciderait à l’issue d’une discussion en tête à tête avec la maîtresse, de l’acquisition définitive de telle ou telle compétence. Quelle belle manière de les RENDRE autonomes ! La devise de Maria Montessori n’était-elle pas : apprends-moi à faire seul ?

Cette année comme la précédente, tous les jours, nous les parents avons pu accompagner nos enfants jusque dans la salle de classe. Nous avons également été invités à venir passer une matinée dans la classe, en observation, histoire que nous sachions exactement comment se déroule la classe. « Au diable le plan vigipirate » a décidé la directrice, c’est beaucoup trop important pour les enfants (et leurs parents)de ne pas le faire. Dans la même optique nous avons pu assister à plusieurs représentations : spectacle de danse, expos autour du monde…

Avant d’être une parent d’élève du public, j’ai aussi nourri des craintes (fondées sur de gros a priori liés au secteur dans lequel se trouvait l’école), sur ce que pouvait apporter ce type d’établissement à mes enfants. Fille et fils d’enseignants, nous souhaitions tout de même y croire mon compagnon et moi. Croire non pas aux bénéfices du public vs le privé, mais en l’école des valeurs. Souvenez-vous, c’était le titre de mon tout premier podcast, c’est dire à quel point ce sujet est important pour moi.

Deux ans se sont écoulés depuis son entrée en maternelle, deux communes, deux écoles, quatre maîtresses et autant d’Atsem (j’avoue que je n’ai jamais réussi à suivre de ce côté-là), et le bilan est plus que positif. Certains dirons qu’il est prématuré : ma fille achève tout juste sa moyenne section et il paraîtrait que les choses se gâtent généralement en primaire. Que c’est là où l’écart commence à se creuser et que l’on peut déjà prédire à certains un ratage de vie (scolaire )ou un champ des possibles (scolaire) infini.

L’avenir nous le dira, mais pour le moment tout va bien. Ce billet est moins un bilan qu’un hommage à toutes les personnes qui veulent encore croire à cette école qui ne discrimine pas. Qui s’engage, faisant fi de nos complaintes (et Dieu seul sait que j’en ai entendu et des délirantes…Comme cette maman qui disait que l’école s’enrichissait sur le dos des parents, en nous demandant 3 euros de participation pour faire face aux frais d’organisation engendrés par une sortie scolaire…), de nos paresses intellectuelles, de notre mauvaise foi, de nos complexe de classe, de race…

Un grand merci à celles et ceux qui restent : les profs, qui choisissent de résister à l’enlisement avec le trop peu de moyens mis à leur disposition. Qui dépensent une énergie folle pour que triomphent les lois naturelles de l’enfant. Qui prennent le temps, malgré des conditions parfois très peu favorables pour faire triompher une instruction gratuite et accessible à tous.

Cette année ma fille a passé une excellente année à l’école de quartier. Comme tous ses camarades. Les parents dans leur grande diversité et les enfants-eux surtout-furent très heureux d’apprendre, de partager et de grandir dans ces murs classés zone d’éducation prioritaire (ou un truc dans le genre) .

La vraie chance que nous avons, c’est celle de donner les moyens à nos enfants d’apprendre dans de bonnes conditions et de s’épanouir. Ceci étant dit, notre fille a beaucoup à apprendre des autres également : des plus grands, des plus petits (merci les classes à double niveau), des plus rapides, des plus lents, des plus sages et des plus agités…Tant que tout ce petit monde s’aime et se respecte alors ils pourront grandir ensemble et se construire des valeurs communes, peu importe leur niveau ou leur réussite scolaire.

Ensemble nous sommes plus forts, toujours.

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Je ne pouvais pas illustrer ce billet autrement qu’avec des photos de Maya dans une jolie robe en wax signée Mademoiselle Blé. Maya à l’école c’est un « la petite fille en wax ». Elle en porte régulièrement tout au long de l’année et c’est devenu un peu sa signature. La robe Yacouba est actuellement en promo :). Le panier vient de chez Zara et les sandales de La Halle.

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5 Commentaires

  • Tidoo

    Très beau billet . La robe de Maya est très jolie.

    5 juillet 2018 at 18 h 32 min Répondre
  • fbanzeba

    Salut Danielle ! j’ai aimé lire ton billet,respectivement kenaya et wanney vont à l’école publique. j’ai eu aussi de réflexion que je devais les mettre à l’école privée. je ne suis pas non plus parents elu,mais je me rapproche de ces professionnels d’éducation pour discuter et poser les questions sur plusieurs dispositifs qu’ils mettent et modifient de temps en temps. cette année au CP dans le Rhône plus précisément a Lyon, nous avons eu de classe avec 13 élèves au max et je trouve cela génial. et ca sera aussi pareilles pour l’année prochaine pour les classes deCE1…..
    Pour nos enfants faut juste une bonne collaboration entre les parents et les éducateurs à mon avis.
    LA robe de maya comme toute ces robes jolie!

    5 juillet 2018 at 21 h 04 min Répondre
  • Marie

    Toute mimi dans sa robe ^^ J’ai un petit garçon de 22 mois qui ira a l’école l’année prochaine et j’avoue que je me pose déjà la question du privé/public? Avt de faire ton choix pour l’école, as-tu fais des repérages avant ? Consulter des avis, parents, à propos de cette école ?

    5 juillet 2018 at 23 h 44 min Répondre
  • Émilie

    Bonjour Danielle. J’ai été amenée à découvrir ton blog récemment, aiguillée ici par un lien chez Gaëlle Prudencio, et j’apprécie beaucoup tes articles.
    Mais là, en tant que maîtresse de maternelle dans le public, je te dis MERCI !! Ça fait du bien de te lire !
    Oui dans le public il y a de chouettes écoles avec plein d’enseignants motivés qui adorent leur métier, se forment, réfléchissent à leurs pratiques et n’ont pas besoin d’être dans le privé pour s’intéresser aux différentes pédagogies. Il faut nous faire confiance et ne pas hésiter à parler avec nous. Comme je dis souvent aux parents d’élèves : aucune question n’est bête lorsqu’il s’agit de nos enfants.
    L’idéal républicain d’une éducation gratuite pour tous est tout de même, je trouve, une des meilleures choses qui soient dans notre pays. Et en tant que maman, je trouve important de ne pas cultiver l’entre-soi, je tiens à ce que mon enfant sache que tous les enfants ne lui ressemblent pas, que toutes les familles sont différentes… et que c’est une bonne chose !

    6 août 2018 at 13 h 17 min Répondre
    • D.

      Bonjour Emilie, merci beaucoup ! Lire ton témoignage ici ça fait extrêmement plaisir !

      9 août 2018 at 7 h 55 min Répondre

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