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Je ne suis pas une femme forte

Je suis confuse…Depuis que j’ai révélé sur instagram et plus en détail dans mon podcast , le calvaire de mon post partum, tout le monde dit de moi que je suis une femme forte. Malheureusement, au risque d’en décevoir certaines, je ne veux absolument pas alimenter le mythe de la femme forte, la femme capable, la femme alpha, celle qui peut tout accomplir et qui n’a peur de rien. Parce que je trouve que cela nous cause plus de tort que de bien.

Je sais que c’est vendeur sur les réseaux sociaux et à l’heure de la vulgarisation des concepts de développement personnel, il serait tentant de surfer sur cette image projetée et d’oublier de me questionner sur mon identité profonde avec son lot d’insécurités.

Certaines se sont brûlé les ailes en voulant jouer à ce jeu des prêches, rattrapées par des scandales de mœurs. Bref cela ne m’intéresse pas et le but de ma démarche n’était pas de montrer que je suis invincible.

Lorsque j’ai annoncé que je lançais mon podcast une abonnee m’a écrit en me disant ceci : « tu as accouché il y a 3 mois, tu as subi une opération et tu as eu le temps de créer un podcast. Je commence sérieusement à questionner ma vie ».

Il ne faut pas. Je ne suis pas un héros comme je disais sur Instagram et comme le chantait Daniel Balavoine.

Hier je voulais mettre de la compote de pomme dans mon gâteau, mais j’y ai renoncé car je n’arrivais pas à ouvrir le bocal en verre (avec quoi on soude ces fichus trucs ?!). Le barbu était allé faire les courses, alors après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai tout simplement renoncé. N’est ce pas le genre de choses que sont sensées maîtriser les femmes fortes ?

Bon ok, la force ne s’entend pas uniquement de la force physique. J’ai bien conscience que l’on me qualifie de femme forte en référence à mon mental. J’ai eu la force d’affronter ce problème de santé qui m’est tombé dessus sans crier gare. Mais qui ne l’aurait pas eue ?

Il y a un proverbe qui dit que l’on sait que l’on est fort-e, lorsque l’on a plus d’autres option que d’être fort-e.

En réalité, j’ai juste fait face et j’en avais les moyens (pour toutes les raisons que j’évoque dans le podcast). Je n’avais pas le choix. La force n’a finalement que très peu de place dans cette histoire.

Lorsque l’on parle de force, on devrait rester sur des considérations purement physique. Tu peux soulever 100kg ? Ok tu es fort-e.

Mais conseiller à une personne qui traverse une épreuve d’être forte, est pour moi complètement stérile. En revanche lui apporter une aide concrète si on le peut, la décharger de certaines chose, lui apporter du réconfort, une aide pratique, un conseil de lecture, un moment de réconfort…Tout ce qui peut lui permettre d’affronter de manière plus sereine cette épreuve et lui donner des raisons de croire en l’avenir ça c’est top !

Je n’aime pas cet adjectif « fort-e » car je trouve qu’il est prétexte à prêter à la personne qui en est affublée, une capacité presque surhumaine à tout encaisser, et à tout endosser. Et pire encore, il contribue à décharger l’entourage de la prise de certaines responsabilités.

La femme forte est celle qui gère tout d’une main de maître . Celle qui parvient par je ne sais quel miracle à conduire (en apparence seulement) sa barque, par temps d’ouragan.

La dame de fer, celle qui résiste à tous les assaults.

La femme potomitan, autour de laquelle tout s’organise. Sur laquelle tout le monde se repose. Celle qui n’a besoin de rien et ne demande jamais à l’aide.

La femme capable, qui enfile son costume tous les matins, comme une armure censée résister à l’épuisement physique et à l’épuisement mental.

Tout cela pour ne pas perturber l’ordre social. Pour que les hommes continuent à être des hommes, les femmes des femmes. Les épouses des épouses, et les mères des mères. Peu importe les dysfonctionnements, les abus, et les défaillances . La femme forte enfile son costume et tout roule.

Je ne suis pas une femme forte. Je prends mes responsabilités face à la vie que j’ai choisi de mener, voilà tout. J’ai choisi d’avoir des enfants, dans un contexte qui conduit beaucoup de personnes à y renoncer.

J’ai la responsabilité de me battre pour qu’elles et lui puissent grandir dans un environnement sain, avec beaucoup d’amour. Je n’ai pas le droit de les abandonner. J’ai le devoir de faire tout ce qui est en mon possible pour qu’elles et lui puissent se réaliser. Cela implique de leur fournir un cadre familial dans lequel elle puissent grandir de manière épanouissante.

J’ai la chance d’avoir un compagnon qui prend également ses responsabilités de père. Ce sont les mêmes que les miennes, ni plus ni moins.

Trouver des solutions et puiser au plus profond de moi les ressources pour surmonter les épreuves. C’est ce que j’ai fais. J’ai fais ce choix là et je m’y suis tenue. Ce n’est pas de la force qu’il faut pour affronter les épreuves.

Je pense que ce qui me gêne au fond c’est que l’adjectif fort, soit associé à une forme de vertu, qui impliquerait de parvenir à ne jamais se montrer vulnérable. Ne pas pleurer, ne jamais demander de l’aide, ne jamais se plaindre, ne jamais geindre.

Si j’ai réussi à ne pas sombrer dans la déprime ou la dépression, c’est parce que j’ai demandé de l’aide et j’ai accepté toutes les mains que l’on me tendait. J’ai accepté de me montrer vulnérable. Nue. A toutes les personnes qui ont pris de mes nouvelles après mon accouchement j’ai bien voulu leur raconter ce qu’il nous arrivait. J’ai accepté le suivi psychologique proposé par la clinique (non les psys c’est pas un truc de fous ou de faibles) et je me suis ouverte à la psy sans réserve, lui déversant lors de chacune de nos rencontres le flots de mes angoisses. Et croyez-moi, ça aide ! Sans ce travail je n’aurais peut-être pas réussi à vous parler de tout cela, prétextant le besoin de pouponner pour justifier mon absence sur les réseaux sociaux.

Dire ce que je vivais, a permis que je reçoive des visites régulières de personnes qui me sont chères. Certaines de mes amies n’ont pas hésité à me proposer de prendre les filles le week-end, histoire de soulager le barbu et ma maman. A aller faire les courses, des démarches administratives, assurer le relais hôpital-maison pour mon compagnon et ma maman…Toute cette aide logistique a contribué à me décharger d’un immense poids : la culpabilité d’être défaillante pour ma team, doublée de l’angoisse de ne pas tout gérer moi même.

Je me revois encore donnant des directives par écrit à mon compagnon pour la personne devant intervenir à l’appartement pour le ménage. Me disputant presque avec lui au sujet de l’ordre de priorité des tâches (les vitres ou le sol mardi ??!!!), alors que ne vivais même pas sur place… Absurde !

Vous avez dit charge mentale ?

Je n’aime pas le terme « forte », je le trouve facile. Comme si il suffisait de se le répéter en boucle pour que les choses et les émotions roulent sur nous, comme les gouttes de pluie sur un imperméable.

Si autrefois j’ai pu avoir beaucoup d’admiration pour ces femmes qui semblent pouvoir tout endurer sans ciller, aujourd’hui que je les observe avec circonspection. Lorsque je les côtoie, je cherche à gratter le vernis soigneusement appliqué en couches épaisses depuis des années. Et parfois croyez moi elles n’attendent que ça.

Dans son titre, Run the World, la chanteuse Beyoncé affirme qu’elle est assez forte pour mettre au monde un enfant et retourner (presque immédiatement)à son job. C’est cool ! Mais ne nous y trompons pas. Non seulement sa situation financière rend cela possible, mais surtout ne pas pourvoir (ou avoir envie de) le faire ne fait pas de vous quelqu’un de faible.

Il y a quelques mois j’ai été très inquiète pour une maman que je côtoyais au square. Elle me disait ne pratiquement pas dormir. Qu’il y avait toujours quelque chose à faire, à nettoyer, à traiter, à supporter à la maison. Je ne vais pas m’étendre sur le détails de nos conversations mais je sais qu’elles sont nombreuses dans ce cas, déchargeant totalement leur partenaires de ses responsabilités.

L’année dernière j’ai organisé un atelier sur la charge mentale. Une jeune femme qui y assistait disait que son loisir était le repassage et qu’elle s’y épanouissait. Je n’ai pas discuté, mais je ne l’ai pas crue. Je savais qu’il y avait un rêve enfoui quelque part au fond de la panière à linge qui ne demandait qu’à s’exprimer si on lui faisait un peu de place. Le simple fait qu’elle assiste à cet atelier (payant) le prouvait. Elle m’a écrit il y a quelques mois pour me dire que tout ce sur quoi nous avions échangé ce jour là avait fait son cheminement dans sa tête . Elle a accepté d’essayer de revoir des choses dans sa manière d’aborder la vie et son quotidien de femme, mère, épouse. Cela a eu pour effet de lui permettre de passer du temps de qualité avec ses enfants, alors qu’elle ne trouvait jamais le temps pour cela. Et surtout elle a pu enfin donner libre cours à un vieux rêve : se lancer dans la couture.

Les choses n’ont pas à demeurer telles qu’on nous les a enseigné. C’est à nous de les faites évoluer. Comment ? En commençant par oser dire ce que nous vivons, de manière objective. Cela permet par la même occasion de montrer à nos enfants, à nos filles en particulier qu’une femme, une mère de famille n’a pas à se montrer forte en toutes circonstances. Maman a le droit de ne pas y arriver, d’être malade, d’avoir besoin d’aide, d’espace ou de temps.

Il y a quelques jours, j’ai demandé à ma communauté sur instagram, de me donner des adjectifs pour remplacer le mot forte.

Je partage avec vous les réponses qui ont raisonné en moi. Et si au lieu de (se)dire forte, on se disait plutôt confiante, courageuse, pleine d’espoir, déterminée, combative, persévérante, volontaire, optimiste, fragile, capable, réfléchie, positive, réactive, vulnérable, compréhensive, juste, indulgente, imparfaite, brave, vaillante, faible, objective, réaliste, audacieuse, consciencieuse…Reconnaissante.

Je trouve que ces qualificatifs donnent l’occasion d’ouvrir une conversation.

Les personnes fortes ont cette étiquette de « je gère, je n’ai besoin de personne ».

Je ne suis pas une femme forte, je suis bien plus complexe que cela.

Ceci étant dit, en grande fan des tee-shirt à message, je n’ai pas pu résister à ce « Strong Women », clin d’oeil à la série Stranger Things que j’ai adoré. D’ailleurs la série illustre bien le fait qu’être fort-e ne nous sauvera pas, si on ne sait pas faire preuve de toutes les qualités citées plus haut.

Tee-shirt Orginal X creation, Turban Indira de Paris,Jupe Asos Curve.

Photos : L. Olympe

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